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Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ?

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Photo par Cristian Bortes

 

Cet article concerne les adoptés ouverts sur les conséquences psychiques de l’adoption. Puisque dans notre cas, sans le savoir, nous évitons quelque chose d’un peu plus gros que la connaissance de nos origines. Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ? Voici les explications tirées d’études psychologiques et témoignages.

 

Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ?

 

Avant de lire : Cet article est basé sur le témoignage de plusieurs adopté(e)s que j’ai pu rencontrer. Certains ne veulent pas connaître leurs origines parce qu’ils arrivent à faire sans, tout simplement. Personne ne peut être donc généralisé. Il est important de toujours garder un recul tout en restant ouverts aux informations qui vous parlent. Bonne lecture 🙂

 

  • Le sentiment d’être bien intégré :

 

J’ai pu rencontrer des adoptés qui, autant manifestaient le besoin explicite d’appartenir à leur pays et familles d’origines, et autant d’autres qui étaient agacés par ces derniers. Ces “autres” sont généralement fiers d’appartenir à leur pays d’adoption et se considèrent bien enracinés à celui-ci. Ils se sont identifiés aux habitants, accoutumés et disent qu’il s’y sentent bien.

Adoptés qui se sentent bien, sans questions sur les origines : Ils ont décidé de voir le “bon coté de la médaille”, et ont su avancer avec, malgré le fait de ne pas avoir d’informations sur leur histoire personnelle.

 

Il y a en général 2 catégories :

-Ceux qui vivent très bien sans connaître leurs parents biologiques et leur histoire avant l’adoption, qui sont notamment en harmonie avec leur famille adoptive.

-Ceux qui restent très fermés quand on évoque la question des origines, avec un refus d’aller explorer cette part de leur histoire, comme si il y avait un vide qui ne devait pas être touché.

 

Du déni ?

 

J’ai remarqué le dernier type de réaction auprès d’adoptés qui ne se sont jamais lancés dans la recherche de leurs origines. Ils avaient d’ailleurs des réactions affirmatives en disant généralement ceci :

“On s’en fiche, le passé appartient au passé.” ou “Moi je me considère comme français (pays adoptif).” ou encore “Mes parents j’en ai que deux, c’est eux que j’aime !”

Comme si c’était “mal” en quelque sorte de reconnaître leur histoire personnelle d’avant l’adoption. Comme si c’était “mal” qu’elle puisse être importante pour eux. Alors que c’est pourtant tout à fait naturelle du point de vue psycho-biologique.

 

Je vous avouerai une chose :

J’ai été moi-même l’un de ces adoptés, comme je l’ai dit dans un autre article. Notamment par le fait que j’étais influencé par les clichés que le pays français avait du Brésil : Les carnavals, les strings brésiliens sur les plages, les favelas, les transexuels (entre autres à cause de la chirurgie esthétique)… Bref, rien de vraiment flatteur. Je pourrai d’ailleurs dire pareil des clichés portés sur les autres nationalités comme les portugais, les roumains, les suisses etc…

Je ne voulais donc pas m’identifier à ces représentations. Je voulais être pris au sérieux, pour pallier aux manques d’informations sur mon histoire d’avant mon adoption ; d’où je venais, qui j’étais. C’était une façon de pouvoir exister !

Je rejetais alors en bloc que le fait d’être adopté pouvait avoir un lien avec mes difficultés relationnelles et professionnelles. Je peux le dire clairement aujourd’hui, j’avais le profil de l’adopté en souffrance dans le déni.

 

Moi et le perfectionnisme :

Le côté perfectionniste pour ne pas être rejeté ou abandonné m’interdisait de me reconnaître comme “souffrant” car c’était être faible. Or, c’est bien ce dont j’avais besoin : besoin de reconnaître mes points faibles avant de consolider mes points forts.

Je vous mets en garde sur ce côté perfectionniste et Soi fierté qui a ses limites.

 

 

  • La loyauté envers les parents adoptifs :

 

On revient sur le côté : c’est “mal” de reconnaître qu’on a… d’autres parents par exemple.

 

Lorsque l’enfant est adopté, il est séparé de sa mère biologique et se sent abandonné. La relation la plus sûre et naturelle au monde n’est finalement pas la plus fiable. Si celle-ci ne l’est pas, quelle relation le sera alors.

Pour surmonter cet événement, certains adoptés adoptent une carapace bien épaisse dans leurs rapports avec les autres. Tandis que d’autres vont reporter tous leurs espoirs sur leurs parents adoptifs, devenus des “sauveurs”. Ceux qui ont sauvé de l’abandon.

Par conséquent, certains parents adoptifs sont vus à tort, comme des “guides inconditionnels” par leur(s) enfant(s).

Idéaliser ses parents est commun à l’être humain, surtout dans cette situation. Alors qu’avant d’être parents, ils sont eux-mêmes des êtres humains faisant comme ils peuvent pour avancer dans leur vie et agir sur leur monde. Ayant pour avantage d’être les sauveurs aux yeux de l’enfant, les parents adoptifs montrent “la seule et vraie” voix à emprunter dans la vie.

Ce qui peut donner lieu à des situations non voulues au final :

Par exemple, des adoptés qui une fois adultes se rendent compte qu’ils ont tout fait pour plaire à leurs parents (études, professions, relations…) et que ce qu’ils font aujourd’hui ne correspond pas à ce qu’ils sont vraiment. C’est souvent au moment de cette prise de conscience que la question de l’identité et des origines personnelles arrivent (et travaille)…

Dans le cas où les parents adoptifs sont vus comme des sauveurs, ils deviennent également de bons remparts pour ne pas avoir à faire face au manque de notre histoire personnelle.

 

Mécanisme de défense :

 

C’est une question qui peut paraître effrayante en effet, vu qu’elle nécessite un saut dans l’inconnu. Et quand cette part inconnue nous concerne, on ne sait pas par où commencer, ni comment y faire face. Personne avec la même histoire et les mêmes ressentis que nous,  nous a montré comment faire. Alors il est plus facile de se cacher derrière ses parents adoptifs en prétextant que c’est par loyauté.

C’est un moyen de défense qui nous permet de vivre avec ce qu’on ne sait pas. Une déresponsabilisation face à un traumatisme non-résolu auquel on ne peut pas vraiment en vouloir au final : Nous sommes humains.

 

  • Éviter de revenir sur le passé (ou sur le traumatisme ?) :

 

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Photo par Tom et Milou

 

“Le passé appartient au passé, moi je m’intéresse au présent” disais-je fut une époque à ma psychanalyste. Sauf que le passé explique le présent et se libérer dans le présent c’est accepter le futur, désormais je le sais.

Il est souvent effrayant pour les adoptés de parler du passé (en creusant) puisqu’il renferme la blessure qu’on veut tant oublier. Alors se tourner vers le présent semble être la solution la plus saine. La devise devient alors “Moins on en sait, mieux on se porte”.

Ce comportement de déni peut marcher quand il ne pose aucun problème dans la vie. Mais souvent c’est le contraire qui se produit : des relations professionnelles houleuses, des rapports froids avec les gens en général, des difficultés (excessives) à exprimer ses émotions, des relations affectives compliquées…

C’est comme colmater une brèche dans un bateau avec du scotch adhésif parfois ; on essaie, ça semble marcher mais à très TRÈS court terme.

Quand ma psychanalyste me demandait ce qu’il se passerait si je m’intéressais à mes origines, je répondais : “Si je commence, je n’en finirai pas, ça me prendra surement tout mon temps…”. Quelque part c’était un aveu important que je venais de faire mais que je ne me suis senti d’explorer que 4 ans après ; en 2016.

 

  • La mère biologique ou l’abandonnante :

 

Parfois, il arrive que des adopté(e)s en ont marre qu’on leur parle de leur “vraie mère” et je comprends puisque cette expression est franchement maladroite. Elle sous-entend que la mère qui nous a élevée est “fausse”.

 

Un(e) adopté(e) a pour moi deux mères :
  • Celle de cœur avec laquelle on a partagé notre vie.
  • Celle de sang avec laquelle on a partagé nos premiers instants.

 

Ceci dit, certains sont bien arrangés de ne rien savoir sur leur mère biologique, ne voulant pas s’en soucier.

Il faut comprendre qu’un enfant qui est séparé de sa mère dés le début de la vie, perd son repère le plus naturel auquel il faisait confiance. Cette séparation peut être, dans certains cas, ressentie comme une trahison.

La mère biologique sera vue alors comme “l’abandonnante”. Un statut accusateur qui nourrira des émotions de colère, rancune, mépris puis qui seront encaissés dans l’inconscient, laissant place à une indifférence dans la vie quotidienne.

Elle est considérée d’un point de vue logique (de la raison) : c’est-à-dire comme une simple “étrangère”, à laquelle nous n’avons aucun “compte à rendre”.

Les personnes qui ont évolué dans cette situation n’ont même pas conscience des sentiments qu’ils ont envers leur mère de naissance. Pourquoi y faire face si on a appris à vivre sans y penser consciemment ? Autant laissez les choses telles qu’elles sont.

C’est à chacun de voir de ce qu’il veut faire et penser.

 

Mon avis personnel :

La mère biologique doit être vue comme un être humain, ni plus ni moins. Comme je l’ai dis plus haut, c’est ce qu’on est avant d’être parent ou bénéficiaire d’un autre statut : un être humain. Nous faisons alors des erreurs et n’avons pas l’obligation de correspondre à un rôle en particulier.

Si votre mère biologique vous a convié à l’adoption et que vous avez la chance de la retrouver, mais que vous vous rendez compte que vous n’avez rien en commun avec elle, alors laissez votre colère ou déception passer… Elle n’aurait peut-être pas été douée avec vous et a donc peut-être bien fait.

Inutile de considérer ses parents comme “supérieurs” ou ayant une responsabilité dans votre vie actuelle. Puisque le seul responsable de votre vie lorsque vous êtes adulte, c’est vous.

Ne cherchez pas une mère ou un père mais plutôt l’être humain qui vous ressemble chez l’autre.

 

Conclusion :

 

Pour les adoptés heureux :

Evidemment, si vous lisez ces lignes et que vous êtes un adoptés qui affirment être bien dans sa peau et très heureux (et c’est tout ce que je vous souhaite), je ne vous contredirai pas dans votre conviction. C’est vous choisissez le sens de votre vie. Chaque adopté a son propre vécu et sa façon de le percevoir.

 

Pour les autres :

Nous avons connu le déni, c’est un processus de défense naturel. Moi-même je l’ai connu (voir article ici). Nous n’osons pas  nous aventurer dans cette réflexion mais dans le fond, nous savons pertinemment qu’il y a quelque chose qui n’est pas compris sur ces points, et qui a besoin d’être mis en lumière. C’est alors le début d’une grande recherche et de découvertes sur nous-mêmes.

 

Pour terminer voici le témoignage d’une adoptée qui vit bien son adoption. J’ai trouvé utile de le publier ici pour mettre en évidence un autre point de vue : VOIR LE TÉMOIGNAGE ICI

 

Recherches utilisées pour trouver cet article : Vivre sans Connaitre ses origines

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