Adopter ou sauver des enfants ? (Le syndrome du sauveur)

syndrome du sauveur

Les pouponnières ou couvents des pays du tiers-monde ne nous laissent pas indifférents. Je parle de ce qui peut être ressenti durant cette expérience et comment y prendre du recul « intelligemment ».

Adopter ou sauver des enfants ? (Le syndrome du sauveur) :

 

1) Le syndrome du sauveur, c’est quoi ?

 

C’est l’envie impulsive et permanente de venir en aide à toute personne en situation de faiblesse ou de détresse urgente.

Vous me direz peut-être : « En quoi est-ce mal de vouloir aider son prochain ? » Vous avez raison, c’est noble. En revanche, ceci devient problématique quand vous venez en aide aux autres au détriment de vous-même.

Plusieurs professionnels de la psychologie se sont penchés sur le sujet puisque nombre d’entre eux ont reçu des patients qui était atteint du « syndrome du sauveur ».

Il semblerait que lorsqu’on est un sauveur « pathologique », on pense à aider l’autre avant de réfléchir à si nous avons les ressources pour l’aider. Car dans la plupart des cas, la personne se retrouve à s’épuiser physiquement et psychiquement, n’ayant finalement plus grand chose à apporter à l’autre. Ceci peut donner naissance à des relations toxiques également mais je ne vais pas m’étendre…

Le sauveur sain pense aux ressources qu’il peut apporter à l’autre ou sinon, rediriger l’autre vers quelqu’un qui a les ressources. Il aide dans la mesure de ses moyens, ainsi il est capable d’aider sur le long-terme sans créer de dépendance chez autrui, puisque le sauveur sain le remarquera et s’en préservera. La relation peut peut-être même se transformer en amitié.

 

Pourquoi je vous parle de ça ?

 

Lorsque vous vous retrouvez en face de quelqu’un que vous pouvez aider, demandez-vous si c’est d’abord dans vos moyens. Surtout et SURTOUT quand il s’agit d’enfants que vous pouvez adopter.

Je n’ai jamais vu les pouponnières, mais il parait que ça fait un drôle d’effet…

 

Une mère adoptive qui a participé à un de mes groupes de parole a raconté son ressenti vis-à-vis des pouponnière en Afrique. Elle n’a pas pu terminer son histoire à cause de l’émotion qu’elle ressentait encore. Elle la revivait. Elle a dit elle-même : « Je les voyais j’avais envie de tous les adopter… »

 

Je me fiche de savoir si on peut la diagnostiquer de « sauveuse pathologique » ou pas. Là où je veux attirer l’attention, c’est sur cette phrase qui a retenti en elle : « J’avais envie de tous les adopter… »

Heureusement, elle n’en a adopté qu’une 😉

Pourquoi je dis heureusement ?

 

Parce que si elle en avait adopté plus, ça n’aurait pas été par amour mais pas peur de faire une mauvaise action, par culpabilité. Laissez les autres enfants auraient été vécu comme une blessure qu’on leur auraient inflige.

miroir

Dans le syndrome du sauveur, il y a toujours cette notion de miroir : celle de soigner une de nos blessures passée à travers l’autre. Sauf qu’on ne soigne pas la blessure que l’on a nous-même, on soigne celle de l’autre ! Puis une fois soignée, ou non, on se rend compte que notre blessure reste la même, et nous avons deux choix : Soit en prendre conscience et se tourner vers soi, soit aller secourir quelqu’un d’autre pour répéter la même boucle…

Posez-vous donc la question de ce que vous vous dites à l’intérieur de vous lorsque vous êtes en face d’une telle situation : dans un pays pauvres, face à des dizaines d’enfants abandonnés, prêts à être conviés à l’adoption… Que pouvez-vous faire ? Tous les adopter ? Si vous avez les ressources humaines et financières, faites-le, mais la seconde question restera : l’avez-vous fait par amour ou par peur (comme vu plus haut) ?

 

Un adopté que j’ai reçu au téléphone me parlait de ses parents qui l’ont adopté dans les années 60. Ils étaient médecins et catholiques. Pour eux, adopter un enfant était « bien vu » dans leur entourage, comme un acte de « bienfaisance », une « bonne » action. Il a décrit ses rapports avec eux comme assez froids et distants, comme si un secret était préservé dans la famille. Le jour où il a voulu en savoir plus sur ses origines, ses parents se sont fermés un peu plus. Dommage. (Aujourd’hui, il a fait toutes ses démarches et recherches, il mène sa vie comme il l’entend, tout semble aller pour le mieux pour lui.)

 

2) La différence entre sauver et adopter :

faire un enfant

Sauver se fait de façon ponctuelle, adopter est une démarche de long-terme. En plus de ça, il y a au bout : l’expérience de la parentalité (qui est de long-terme aussi).

Une fois adopté, votre enfant reste un enfant comme tous les autres. En tant que parents vous devrez donc être présents pour lui. Vous devrez répondre à ses questions de la vie, être empathique, l’écouter, l’éduquer, le respecter et, je le répète, surtout être présent !

Il ne s’agit pas de le mettre à la crèche 5 jours sur 7 de 7h à 19h00. Les psychologues et neurologues s’accordent à dire que cette mise à distance de l’enfant, quand ça nous arrange, entraîne des troubles de l’attachement jusqu’à la vie adulte. Par cette action nous sommes entrain d’encourager la croissance d’une génération de plus en plus névrotique…

D’ailleurs, ce message ne s’adresse pas qu’aux parents adoptifs vous remarquerez : il s’adresse à tous les parents.

fantasme de la famille

On ne fait pas (ou on n’adopte pas) un enfant pour le plaisir de réaliser enfin son fantasme d’accomplissement personnel : le plus souvent d’avoir fondé une famille. C’est un idéal d’aboutissement prôné depuis des siècles évidemment, même si les mœurs changent doucement. Vous devez faire une famille par amour et non par peur de ne jamais en avoir une (égoïste). Comprenez-vous la différence ?

 

Conclusion :

 

L’adoption est une démarche d’amour et non une démarche motivée par la l’intérêt de ce que va penser autrui de nous, de notre peur de ne jamais fonder une famille, etc.

Un enfant, adopté ou non, reste un enfant. Si vous voulez qu’un jour il soit responsable, soyez-le avant lui 😉 en étant prêt à lui donner du temps et de votre présence (comme dit plus haut).

 

Lien vers un livre, que j’ai moi-même lu, riche en informations sur le syndrome du sauveur ici (qui s’ouvrira dans un autre onglet) : http://amzn.to/2eGuqsG

 

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Souvenez-vous de ce que disait Marshall Rosenberg : « Ne faites rien qui ne soit pas du jeu. » 🙂

 

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