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Pourquoi et comment gérer les provocations d’un enfant adopté ?

provocation de l'enfant adopté
Photo par Anaïs (flickr)

 

Cet article fait suite à une vidéo envoyée à l’AFA (en octobre 2016) qui a été présentée lors d’une réunion pour postulants à l’adoption. La phrase “Ne cédez pas à ses provocations” peut interpeller et je m’explique ici.

Voici la vidéo en question :

C’est dans la partie qui commence à partir de 3 minutes 13.

 

Pour être recevable, la vidéo devait faire de “3 à 4 minutes maximum”. Je me sentais donc moi-même un peu frustré de ne pas pouvoir développer ce que je voulais dire. Mais le coté positif est que ça me donne l’occasion de pouvoir le faire ici. Alors voici les explications !

 

Pourquoi et comment gérer les provocations d’un enfant adopté ?

 

Avant de lire : Sachez qu’il n’y a pas de réponse universelle. Cet article est donc adressé aux parents qui ont des difficultés à comprendre ou à s’accorder avec leur(s) enfant(s) adopté(es). Il tire ses connaissances des recherches en psychologie clinique et prénatale, ainsi que de mes observations sur mon propre vécu en tant que tel. Prenez donc du recul et gardez ce qui vous parle, comme d’habitude. 😉

 

1) Pourquoi gérer les provocations ?

 

Les croyances et les peurs :
www.sadoptersoi.com
Photo par Adrien Leguay

 

Un adopté (ou autre) ayant vécu la séparation avec un être en lequel il avait une pleine confiance (sa mère biologique), et qui était sensée durer, aura une grande difficulté à faire confiance en une relation forte à nouveau.

Concerné par la blessure d’abandon (pour le savoir cliquez ici), il remettra souvent en question l’amour que ses parents ont pour lui. Ne trouvant pas de reflet génétique auquel s’identifier, il cherchera à s’intégrer au maximum qu’il puisse à sa famille. L’enfant se demandera si il est un bon fils ou une bonne fille. Si il répond bien aux attentes. Si il fait vraiment partie de la famille…

Quand l’enfant sera punit pour une bêtise, il remettra donc tout en question : l’amour que ses parents ont pour lui, ainsi que sa valeur personnelle… Il ira même jusqu’à justifier sa blessure ; le fait qu’il ait été abandonné à cause de ce qu’il est et non de ce qu’il fait, et qu’il le sera sans doute à nouveau.

L’adopté se dit qu’il a peut-être été abandonné parce qu’il était un “mauvais bébé”. C’est sa croyance hélas, comme dit dans le livre Comprendre la blessure primitive. Les peurs d’être “mauvais” à nouveau et de reproduire le schéma abandonnique sont alors faciles : “De toute façon, je suis mauvais… donc que je fasse une bêtise de plus ou de moins, je serai abandonné au final…”

 

Qu’est-ce que “céder aux provocations” ?

Si vous ne comprenez donc pas que votre enfant souffre d’un traumatisme, et qu’en vous provocant, il alimente ce processus auto-destructeur “inconscient”, vous aurez sans doute l’impression que l’enfant vous en veut à vous. Qu’il s’en prend à vous personnellement (D’où le fait d’avoir travaillé sur son ego)Vous risquez donc de céder à ses provocations : soit en perdant votre sang froid (entrant dans une “colère monstre”), soit en permettant à l’enfant de faire tout ce qu’il veut dans le but de calmer ses périodes de provocations. Or il n’en est rien de tout ça !

Céder au lieu de gérer les provocations, c’est donc donner raison à tout ce processus de croyances auto-destructrices.

 

2) Comment gérer les provocations ?

 

Les phases de tests :

Je m’adresse donc aux parents. Certains enfants adoptés seront alors, comme on a vu plus haut, dans un schéma abandonnique. Si c’est le cas de votre enfant, il vous provoquera par des bêtises (ou reproches) afin de tester la véracité de ses croyances abandonniques ! Il vous mettra à l’épreuve par de nombreux tests pour avoir des “preuves” de votre amour.

C’est une manie qui peut être éprouvante pour l’entourage d’un adopté, et qui peut persister jusqu’à l’âge adulte, si les tests durant l’enfance ont été maladroitement négociés. L’enfant adopté est doué pour mettre à mal à l’aise les proches qu’il aime (par l’identification projective), et de faire ressortir leur part “enfant blessé” aussi… C’est une tentative désespérée d’y obtenir la preuve impossible d’un amour originel inconditionnel. Autrement dit, la réparation du traumatisme.

Les proches d’adoptés ont souvent l’impression de “marcher sur des œufs” à chacun de leurs propos. A la longue cela devient éprouvant de se sentir jugé en permanence sur ce qu’on ressent, certains proches déclarent alors forfait (exemple : les ruptures amoureuses).

Les adoptés obtiennent alors ce qu’ils ont redouté le plus, une séparation. Confortant ainsi leur croyance qu’ils ne peuvent faire confiance (affectivement) à personne. Le cercle vicieux se reproduit, jusqu’à ce qu’un recul ou une prise de conscience arrive.

 

Comment réagir face aux tests ?

Photo par Blogocram

 

4 façons possibles d’y réagir :
  • Empathie : Gardez en tête que ce qui provoque est la part blessée de l’enfant adopté, qui réclame quelque chose qu’il aurait du avoir mais qu’il n’a pu avoir, et qu’il n’aura sans doute jamais : La continuité du lien infantile avec sa mère biologique.
  • Ne pas lui apporter cette preuve impossible : Autrement dit, l’illusion que vous pouvez réparer ou guérir son traumatisme. D’où la vigilance de ne pas non plus vouloir jouer les “Sauveurs”. Au mieux, vous pouvez considérer sa blessure et y donner de l’empathie.
  • Vous devez encourager le fait que vous serez là pour lui, que vous l’aimerez malgré ses erreurs, parce que la blessure primitive a les pleins pouvoirs… Donc rien qui ne ressemble à des menaces d’abandon !

Ça peut paraître évident mais menacer d’envoyer son enfant en pension (aujourd’hui internat) était courant fut une époque, comme menacer de le mettre dehors dans certaines familles… Il faut donc comprendre que pour en arriver là, c’est le résultat d’un manque de communication sur les besoins de chacun qui amènent ce genre de propos durs : besoin de compréhension, de se sentir écouté, aimé, existé… Autant du coté de l’enfant adopté que de celui des parents (Article sur les 4 erreurs faites avec les parents adoptifs en parle).

  • Et enfin, le conseil sans doute le plus important : il faut lui faire savoir (par vos limites et par votre amour) qu’il est inutile qu’il ait à vous provoquer, en testant ses croyances sur vous, afin de confirmer l’amour que vous lui portez. Parce que vous l’aimez.

(relisez si nécessaire)

 

Parler de ses besoins :

 

Il est important d’écouter les besoins de chacun, mais pour cela, l’un des partis doit prendre la parole. Ce procédé est enseigné dans la CNV (Communication Non-Violente) et permet l’harmonie entre plusieurs partis.

Dans la plupart des observations familiales qui ont été faites, ça a finit par porté ses fruits : Les adoptés intériorisent des choses qu’ils pensent “énormes” sur eux. Dés qu’ils arrivent à exprimer leur mal-être à leurs parents, ces derniers sont généralement surpris et compatissent à sa douleur… peut donc s’en suivre de la compréhension et de l’amour. Ce qui instaure un climat plus léger par la suite au sein de la famille.

Parfois, les parents intériorisent aussi et éclatent maladroitement au lieu d’exprimer avec honnêteté leurs besoins insatisfaits à leur enfant.

 

Exemples :

“Je me sens triste parce que mon besoin de sécurité n’est pas satisfait.”

“Quand je te vois comme ça (: triste), je me sens mal parce que j’ai besoin de ta confiance et de ton bonheur”

Et ainsi, se demander ce que chacun peut faire pour satisfaire les besoins des uns des autres… Trouver une solution qui respecte le besoin de sécurité de l’un tout en respectant le besoin que l’autre à de voir la confiance et le bonheur chez chez l’un.

Certes, c’est un exercice difficile mais libérateur. C’est le prix d’une famille aimante et soudée.

 

Construire la confiance par l’amour :

amour enfant adopté

L’adopté doit donc d’être conscient que vous l’aimez et qu’il restera votre enfant, même si il s’est mal comporté et qu’il est puni. Vous pouvez donc toujours instaurer des limites. Car tout enfant a besoin, pour vivre dans le monde avec les autres, de se confronter aux limites pour se structurer.

Elles doivent être instaurées de manière adulte, dans la mesure où vous ne remettez pas en cause la personnalité de votre enfant, mais son comportement vis à vis d’autrui ou de lui-même.

Rappel : Les émotions qu’il ressent sont normales par rapport à ce qu’il a vécu.

 

Conclusion :

 

Tout le monde a un enfant intérieur, même les parents. Élever un enfant adopté demande donc d’avoir plonger aussi un peu en soi, afin d’être au clair vis à vis de nos propres blessures.

Je pense également en ce qui concerne nos réactions face à celles de notre enfant et des projections qu’on peut faire sur lui (j’en parlerai dans un prochain article).

 

En résumé :

Il est tout à fait possible de trouver un juste-équilibre. Évidement cela demande du travail, personne n’est parfait. De toute manière personne ne doit rechercher la perfection, mais plutôt d’être le plus en accord avec l’expression nos besoins mutuels, de nous responsabiliser par rapport à nos comportements. Nos émotions peuvent être en accords avec nos actes. C’est donc la meilleure stratégie que de laisser l’un prendre le dessus sur l’autre.

 

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Recherches utilisées pour trouver cet article : enfants argentins adoptés pourquoi

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