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Témoignage adoptée du Brésil : La combativité du cœur

adoptée du Brésil

 

Pour ceux qui cherchent « Témoignage adoptée du Brésil », c’est ici qu’Adriana vous raconte son histoire ainsi que celle de sa famille, de son pays, ses ressentis vis à vis de tout ceci, où elle en est aujourd’hui…

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Témoignage adoptée du Brésil : La combativité du cœur

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Née dans le Nordeste sous le prénom d’Adriana j’ai été adoptée à l’âge d’un an en 1994.

Enfant unique je n’ai manqué de rien. Mais à l’âge de l’adolescence mes premiers démons sont survenus,les démons de ce symptôme que l’on appelle le syndrome de l’abandon… Si ma mère biologique ne m’avait pas aimé puisqu’elle m’avait abandonné comment pourrait on m’aimer de nouveau ? Voilà le genre de questions que je me posais à cette période là.

Une fois rentrée au lycée cette période troublée s’était en apparence dissipée même si le manque de confiance en moi était toujours omniprésent.

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Il m’a fallu atteindre l’âge adulte pour que mes démons ressurgissent.

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Septembre 2011 première année d’études supérieures, début de l’indépendance, nouvelles rencontres. Il m’a suffit d’une seule rencontre pour faire ressurgir mes vieux démons. En effet quoi de mieux que de faire une mauvaise rencontre pour réveiller mes anciennes blessures ?

Suite à cette mauvaise rencontre je pris la décision de replonger dans mon passé pour entamer des recherches biologiques tout en consultant une hypnothérapeute. Il s’agissait pour moi de clôturer enfin ce chapitre de ma vie pour pouvoir avancer.

Dans la foulée j’envoyais une demande au tribunal de la ville où j’ai été adoptée pour avoir mon dossier.

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Mars 2015 consultation de mon dossier d’adoption de plus de 300 pages ! Enfin j’allais avoir des réponses à mes questions.

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QUI SUIS-JE ?

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Le premier enfant de S. cette jeune fille de 20 ans qui ne sait ni lire ni écrire, dans une grande détresse psychologique et sociale mais qui fait preuve d’une grande lucidité pour son âge en décidant de donner un meilleur avenir à son enfant. Cette jeune fille qui a fait faire son certificat de naissance à 20 ans afin de me faire adopter. Cette jeune fille qui aux yeux de la mairie de São Vicente Ferrer, de la région du Nordeste, du Brésil tout entier n’existait pas jusqu’en 1993 car elle ne possédait ni certificat de naissance ni carte d’identité.

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QUI SUIS-JE ?

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Je suis une descendante de ces milliers d’africains traînés de force jusqu’au Brésil pour être réduit en esclavage. Petite fille et fille d’ouvriers agricoles. On dirait que le temps s’est arrêté là-bas à São Vicente Ferrer : les ouvriers agricoles descendants d’esclaves travaillent pour les descendants d’anciens colons détenteurs des terres et grands propriétaires agricoles. Bienvenue au Brésil un des plus les plus inégalitaires au monde et un des pays le plus raciste au monde sous couvert de valoriser le métissage du peuple brésilien

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QUI SUIS-JE ?

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Le fruit d’une liaison entre une pauvre jeune fille de São Vicente Ferrer et d’un homme riche originaire de Recife. Est-ce une liaison ? un viol ? Je n’ai pas de réponse à cette question et je n’en aurai certainement jamais.

Adriana fille de S. et de père inconnu. L’histoire se répète inlassablement et tristement … et mon histoire personnelle me fait penser à celle de mes ancêtres et celle des ancêtres d’une majorité de la population brésilienne. En effet durant l’esclavage les femmes étaient considérés comme des ventres par les hommes blancs et riches grands propriétaires terriens. S n’était qu’un ventre.

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Je crois à l’impact des non-dits,des secrets de famille sur les générations futures.

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La négation de l’histoire de l’esclavage au Brésil impacte grandement le pays, les générations actuelles et les générations futures.

Septembre 2016 après un voyage au Brésil de 2 mois je décide de faire avancer mes recherches prenant conscience du temps qui passe mais aussi étant déçue du manque de suivis des bénévoles que j’avais contacté au Brésil. Désormais je serai la seule et unique personne à faire des recherches.

Novembre 2016 je reçois un mail de l’hôpital où je suis née. Nouvelles révélations.

Ma grand-mère maternelle serait toujours vivante et habiterait toujours à la même adresse qu’il y a 23 ans.

Ma mère serait morte en accouchant de son troisième enfant. Il a aujourd’hui 11 ans et il est orphelin. Il n’a pas eu la même chance que moi en étant adopté. Avant d’avoir le petit dernier de la famille ma mère a eu un autre fils qui a disparu. Il avait soi-disant des « problèmes de santé mentale « comme ma mère biologique » selon les dires de ma grand-mère. Cependant aucun diagnostic n’a été fait à ce sujet.  Le mystère est donc complet : de quoi s’agit-il ? est-ce héréditaire ? Suis-je également porteuse d’un mauvais gêne ? Mes futurs enfants auront-ils un problème de santé mentale ? Voilà les questions qui se bousculent dans ma tête.

Mais ce qui me bouleverse le plus à ce moment là c’est ce demi-frère abandonné par deux fois : par ma mère morte en lui donnant naissance et par le reste de ma famille.

199 jours plus que 199 jours avant que je parte m’installer au Brésil pour 6 mois ou plus. J’espère plus.

A vrai dire je ne me vois plus vivre en France. Non pas que je n’aime pas la France, bien au contraire… Je suis pleinement consciente des avantages dont j’ai pu bénéficier en grandissant ici. En effet qui aurait cru que la petite descendante d’esclave, la fille d’une analphabète aurait réussi à faire des études supérieures et serait diplômée de ce que l’on qualifie ici pompeusement « d’une grande école »

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Je ne trouve tout simplement pas assez de sens à ma vie en France.

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128 ans c’est le nombre d’années depuis l’abolition de l’esclavage au Brésil. 128 ans c’est le nombre d’années qu’il aura fallu à un des membres de ma famille, descendant d’africain pour avoir un diplôme d’études supérieures. Le Brésil n’a guère changé depuis ces 128 années aujourd’hui le génocide des jeunes noirs des périphéries à désormais remplacé l’esclavage …

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Mais je t’aime quand même petit pays j’aime ta nourriture, tes paysages, j’aime ta samba, j’aime ton candomblé, j’aime ta capoeira, j’aime ton funk…

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Je te donne rendez-vous de nouveau en juin 2017 et qui sais ce que me réservera l’avenir.

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