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Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ?

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Photo par Cristian Bortes

 

Cet article concerne les adoptés ouverts sur les conséquences psychiques de l’adoption. Puisque dans notre cas, sans le savoir, nous évitons quelque chose d’un peu plus gros que la connaissance de nos origines. Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ? Voici les explications tirées d’études psychologiques et témoignages.

 

Pourquoi certains adoptés ne ressentent pas le besoin de connaître leurs origines ?

 

  • Le sentiment d’être bien intégré :

 

J’ai pu rencontrer des adoptés qui, autant manifestaient le besoin explicite d’appartenir à leur pays et familles d’origines, et autant d’autres qui étaient agacés par ces derniers. Ces “autres” sont généralement fiers d’appartenir à leur pays d’adoption et se considère bien enracinés à celui-ci. Ils se sont identifiés aux habitants, accoutumés et disent qu’il s’y sentent bien.

Adoptés qui se sentent bien, sans questions sur les origines : Ils ont décidé de voir le « bon coté de la médaille », et ont su avancer avec, malgré le fait de ne pas avoir d’informations sur leur histoire personnelle.

Certains d’entre eux restent cependant très fermés quand on évoque la question des origines, comme si il y avait un vide qui ne devait pas être touché.

J’ai remarqué ce type de réaction auprès d’adoptés qui ne se sont jamais lancé dans la recherche de leurs origines, et qui disaient généralement ceci : “On s’en fiche, le passé appartient au passé.” ou “Moi je me considère comme français (pays adoptif).” ou encore “Mes parents j’en ai que deux, c’est eux que j’aime !” Ces propos sonnent d’ailleurs comme des justifications qui vont à l’encontre de la quête de ses origines, qui est pourtant tout à fait naturelle du point de vue psycho-biologique.

J’ai été moi-même l’un de ces adoptés, comme je l’ai dit dans un autre article. Notamment par le fait que j’étais influencé par les clichés que le pays français avait du Brésil : Les carnavals, les strings brésiliens sur les plages, les favelas, les transexuels (entre autres à cause de la chirurgie esthétique)… Bref, rien de vraiment flatteur. Je pourrai dire pareil des clichés portés sur les autres nationalités comme les portugais, les roumains, les suisses etc…

Je ne voulais donc pas m’identifier à ces représentations. Je voulais être pris au sérieux, pour pallier aux manques d’informations sur mon histoire d’avant mon adoption ; d’où je venais, qui j’étais. C’était une façon de pouvoir exister !

 

 

  • La loyauté envers les parents adoptifs :

 

Lorsque l’enfant est adopté, il est séparé de sa mère biologique et se sent abandonné. La relation la plus sûre et naturelle au monde n’est finalement pas la plus fiable. Si celle-ci ne l’est pas, quelle relation le sera alors.

Certains adoptés adoptent une carapace bien épaisse dans leurs rapports avec les autres. Et d’autres vont reporter tous leurs espoirs sur leurs parents adoptifs, devenus des “sauveurs”. Ceux qui ont sauvé de l’abandon.

Certains parents adoptifs sont vus à tort, comme des « guides inconditionnels » par leur enfant.

Idéaliser ses parents est commun, surtout dans cette situation. Alors qu’ils sont eux-mêmes des êtres humains, faisant comme ils peuvent pour avancer dans leur vie et d’agir sur leur monde. Ayant pour avantage d’être les sauveurs aux yeux de l’enfant, les parents adoptifs ne peuvent que montrer “la seule et vraie” voix à emprunter dans la vie.

Ce qui peut donner lieu à des situations non voulues au final : des adoptés, qui une fois adultes, se rendent compte qu’ils ont tout fait pour plaire à leurs parents (études, professions, relations…), que ce qu’ils font aujourd’hui ne correspond pas à ce qu’ils sont. C’est souvent au moment de cette prise de conscience que la question des origines personnelles arrivent, et travaille…

Les parents adoptifs sont également de bons remparts pour ne pas avoir à faire face à notre manque d’histoire personnelle d’origine.

C’est une question qui peut paraître effrayante en effet, vu qu’elle nécessite un saut dans l’inconnu. Et quand cette part inconnue nous concerne, on ne sait pas par où commencer, ni comment y faire face. En même temps personne nous ressemblant nous a montré comment faire. Alors il est plus facile de se cacher derrière ses parents adoptifs en prétextant que c’est par loyauté.

C’est en fait une déresponsabilisation face à un traumatisme non-résolu, un simple moyen de défense, auquel on ne peut pas vraiment en vouloir au final.

 

  • Eviter de revenir sur le passé (ou sur le traumatisme ?) :

 

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Photo par Tom et Milou

 

“Le passé appartient au passé, moi je m’intéresse au présent” disais-je fut une époque à mon analyste. Mais le passé explique le présent, et ce dernier influence le futur.

Il est souvent effrayant pour les adoptés de parler du passé (en creusant), puisqu’il renferme la blessure qu’on veut tant oublier. Alors se tourner vers le présent semble être la solution la plus saine. La devise devient alors “Moins on en sait, mieux on se porte”.

Ce comportement de déni peut marcher quand il ne pose aucun problème dans la vie. Mais souvent c’est le contraire qui se produit : des relations professionnelles houleuses, des rapports froids avec les gens en général, des difficultés (excessives) à exprimer ses sentiments, des relations affectives compliquées…

C’est comme colmater une brèche dans un bateau avec du scotch parfois ; on essaie, ça semble marcher mais à très TRÈS court terme.

Quand mon analyste me demandait ce qu’il se passerait si je m’intéressais à mes origines, je répondais : “Si je commence, je n’en finirait pas, ça me prendra surement tout mon temps…”. Quelque part c’était un aveu important que je venais de faire, mais que j’ai décidé de reporté jusqu’en 2016.

 

  • La mère biologique ou l’abandonnante :

 

Parfois, il arrive que des adopté(e)s en ont marre qu’on leur parle de leur « vraie mère ». Et je comprends puisque cette expression est franchement maladroite, sous-entendant que la mère qui nous a élevée est « fausse ».

 

Un(e) adopté(e) a pour moi deux mères :
  • Celle de cœur avec laquelle on a partagé notre vie.
  • Celle de sang avec laquelle on a partagé nos premiers instants.

 

Ceci dit, certains sont bien arrangés de ne rien savoir sur leur mère biologique, ne voulant pas s’en soucier.

Il faut comprendre qu’un enfant qui est séparé de sa mère dés le début de la vie, perd son repère le plus naturel auquel il faisait confiance. Cette séparation peut être, dans certains cas, ressentie comme une trahison.

La mère biologique sera vue alors comme “l’abandonnante”. Un statut accusateur qui nourrira des émotions de colère, rancune, mépris puis qui seront encaissés dans l’inconscient, laissant place à une indifférence dans la vie quotidienne.

Elle est considérée d’un point de vue logique (de la raison) : c’est-à-dire comme une simple « étrangère », à laquelle nous n’avons aucun « compte à rendre ».

Les personnes qui ont évolué dans cette situation n’ont même pas conscience de sentiments qu’ils ont envers leur mère de naissance. Donc pourquoi y faire fasse si on a appris à vivre sans y penser consciemment ? Autant laissez les choses telles qu’elles sont. Ce raisonnement, bien qu’un peu « dommage », se comprend au final.

 

Conclusion :

 

Je sais que cet article ne plaira pas à certains évidement. Le déni est gros comme une maison ici. Mais c’est ma conviction. Je parle par expérience personnelle et assume avoir été dans le déni (voir article ici).

Je parle également par les nombreux ouvrages que j’ai pu lire ; de la psychologie pré-natale, neurosciences et clinique portant sur l’attachement des enfants à leurs mères biologiques. Ainsi que la façon de gérer un traumatisme chez la plupart des individus.

 

Pour les adoptés heureux :

Evidemment, si vous lisez ces lignes et que vous êtes un adoptés qui affirment être bien dans sa peau et très heureux (et c’est tout ce que je vous souhaite), je ne vous contredirai pas dans votre conviction. C’est vous choisissez le sens de votre vie. Chaque adopté a son propre vécu et sa façon de le percevoir.

 

Pour les autres :

Nous avons connu le déni, c’est un processus de défense naturel. Moi-même je l’ai connu (voir article ici). Nous n’osons pas  nous aventurer dans cette réflexion mais dans le fond, nous savons pertinemment qu’il y a quelque chose qui n’est pas compris sur ces points, et qui a besoin d’être mis en lumière. C’est alors le début d’une grande recherche et de découvertes sur nous-mêmes.

 

Pour terminer voici le témoignage d’une adoptée qui vit bien son adoption. J’ai trouvé utile de le publier ici pour mettre en évidence un autre point de vue : VOIR LE TÉMOIGNAGE ICI

 

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Souvenez-vous de ce que disait Marshall Rosenberg : « Ne faites rien qui ne soit pas du jeu. » 🙂

 

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